Peut-on se fier à ces 20 signes qui montreraient que la prochaine Grande Dépression est déjà là en Europe ?

Nous allons bientôt fêter les deux ans du « double dip » de la zone euro puisque suite aux deux scandaleuses hausses de taux opérées par la BCE début 2011 l’ensemble des indicateurs européens a replongé à partir de l’été 2011 (et cela en dépit de la tenue relativement convenable de la macroéconomie dans le reste du monde, et de la grande complaisance des marchés financiers vis-à-vis de la zone euro). Compte tenu du fait que le choc de 2008-2009 n’avait pas encore été amorti (loin s’en faut) en 2011, et compte tenu du fait que 2014 s’annonce tout aussi sordide, on peut dire que la BCE a fabriqué une décennie (au moins) de croissance perdue, avec toutes les conséquences (à ne pas confondre avec les causes, monétaires) possibles, dont nous avons déjà un avant goût : montée du chômage, difficulté à rembourser les dettes privées et publiques, recloisonnement des marchés financiers, troubles sociaux et politiques, en attendant la défragmentation totale de l’ordre monétaire « eurolandais » qui (à politique monétaire constante) ne devrait plus trop tarder (j’espère juste que les acquis du marché unique et de la démocratie ne seront pas tous emportés dans la tourmente, mais j’en suis de moins en moins sur).

 

1/ Le taux de chômage en France représente désormais 10,6%. Le nombre de personnes sans emploi vient d’atteindre un nouveau un nouveau record historique, avec 3,2 millions de chômeurs.

2/ Le taux de chômage dans la zone euro vient d’atteindre le niveau record de 12%.

3/ Le Taux de chômage du Portugal n’était que d’environ 12% en 2011. Aujourd’hui, il est d’environ 17%.

4/ Le taux de chômage en Espagne atteint maintenant le niveau record de 27%. Même les Etats-Unis n’ont jamais connu un tel taux de chômage au cours de la Grande Dépression des années 1930.

5/ Le taux de chômage des jeunes atteint 57,2% en Espagne.

6/ Le taux de chômage en Grèce vient d’atteindre le niveau record de 27,2%.

7/ Le taux de chômage des jeunes en Grèce atteint 59,3%.

8/ Les ventes d’automobiles en France ont chuté de 16% par rapport à l’année dernière durant le mois de mars.

9/ Les ventes d’automobiles en Allemagne ont chuté de 17% par rapport à l’année dernière durant le mois de mars.

10/ En Hollande, l’endettement à la consommation atteint désormais 250% du revenu disponible.

11/ La production industrielle en Italie s’est effondrée de 25% sur les 5 dernières années.

12/ Le nombre de sociétés espagnoles déposant le bilan a augmenté de 45% par rapport à l’année dernière.

13/ Depuis 2007, la valeur des prêts défaillants en Europe a augmenté de 150%.

14/ Les retraits des banques à Chypre pendant le mois de mars ont été le double de ce qu’ils étaient en février, et ce en dépit du fait que les banques ont été fermées pendant la moitié du mois.

15/ On compte 3 millions de propriétés vacantes en Espagne à la suite de l’effondrement du marché immobilier.

16/ Les choses vont tellement mal en Espagne que des immeubles entiers sont envahis de squatters. Ces squatters sont des personnes qui ont perdu leur emploi et qui se sont fait expulser de leur logement, parce qu’ils ne parvenaient plus à payer leurs échéances de crédit. Actuellement, on compte 30.000 personnes sans domicile fixe en Espagne.

17/ Il y a tellement d’enfants affamés en Grèce et en Espagne que les systèmes scolaires de ces pays s’organisent pour essayer de soulager leur détresse.

18/ Le ratio de la dette sur le PIB atteint désormais 136% en Italie.

19/ Au Royaume Uni, 25% de tous les actifs bancaires sont placés dans des banques qui pratiquent un effet de levier de 40 pour 1.

20/ Le géant bancaire allemand Deutsche Bank est exposé à plus de 55.000 milliards d’euros en produits dérivés. A titre de comparaison, le PIB annuel total de l’Allemagne ne représente « que » 2.700 milliards d’euros.

 

Qu’il s’agisse des taux de chômage désastreux ou des mauvais chiffres des ventes de voitures, les signes avant-coureurs d’une Grande Dépression en Europe se multiplient et laissent présager le pire.

 

 

Pour ma part, les signes qui me scandalisent sont des choses graves que nous aurions évité avec une politique monétaire moins stupidement restrictive depuis 2008, et en un mot avec une BCE moins outrageusement indépendante et opaque (c’est-à-dire irresponsable)

1 La chute d’un quart du PIB de la Grèce en moins de 5 ans, et ça continue, ça ressemble à l’Argentine en pire. On ne croyait plus cela possible après l’échec de la Fed au début des années 1930. Surtout dans une économie de services, de retraités et de fonctionnaires (passe encore dans l’économie plus manufacturière, plus libérale et plus rurale, en un mot plus cyclique, du début des années 1930). Et surtout en Europe, avec toute cette solidarité et ce « vivre-ensemblisme ». Comment nos élites très soucieuses de l’intérêt général ont-elles pu tolérer un tel désastre, un foyer de contagion ? Comment ont-elles osé reprocher aux Grecs tout un tas de choses alors que la maison brûlait ? Comment ont-elles fait pour diffuser l’idée invraisemblable selon laquelle une dévaluation aurait donné des résultats pires encore ?

2 De très nombreux pays européens sont désormais perfusés par le FMI, de façon à maintenir la sacro-sainte « virginité » de la BCE et pour remplacer des transferts non acceptés par les pays du Nord (il faudra un jour que quelqu’un rappelle aux pseudo-fédéralistes qui pullulent dans nos palais nationaux que le fédéralisme c’est justement ça, des transferts : pas des prêts, pas de la conditionnalité ; des dons, de la solidarité). Je vous demande si vous seriez contents de financer la reconstruction de la Louisiane après un ouragan ou le Michigan après des fermetures d’usines. Bien sur vous ne seriez pas contents, « ils sont assez riches, qu’ils se débrouillent entre eux les ricains. »

Alors ça ne vous choque pas que les contribuables américains ou japonais financent le Portugal et bien d’autres pays européens ? Que l’essentiel des efforts du FMI depuis 5 ans soient dirigés pour compléter ou se substituer à une BCE autiste ? Que tout ce que l’on nous avait dit dans les années 90 sur « l’indépendance européenne envers Washington grâce à l’euro » ne soit que du vent ?

3 Les guichets ont été bloqués pendant deux semaines à Chypre, et tout a été fait pour engendrer un bank run. Bravo. Désormais un billet en euros n’a plus la même valeur selon qu’il est déposé dans une banque périphérique ou dans une banque du Nord. En plein processus sur la création d’un mécanisme européen de garantie des dépôts et en pleine contraction de la base monétaire suite aux remboursements des LTRO (Long-Term Refinancing Operation, des prêts à faibles taux accordés par la BCE aux banques, il s’agit d’une des principales mesures non conventionnelles adoptées par l’institution de Francfort, ndlr), bravo. Et l’ultimatum de la BCE n’a choqué personne. On se demande d’ailleurs ce qui pourrait choquer désormais en zone euro après la mascarade de l’échange « volontaire » sur la dette en Grèce, après le bluff de Draghi du « whatever it takes » (à ce jour l’OMT est une coquille encore plus vide que le MES et le SMP, c’est dire), et j’en passe car on me demande de faire très court. 

4 Les actions « eurolandaises » ont accumulé en moins de 4 ans un retard de plus de 30 points de pourcentage (en monnaie commune) sur leurs homologues américaines. Les Français s’en moquent car l’argument ne sonne pas très « justice sociale », mais il en dit long sur le risque systémique européen, sur les conditions monétaires restrictives qui frappent nos banques (et bientôt notre immobilier), sur les doutes croissants quant à nos perspectives de croissance dans le futur. Tout cela aurait pu être évité si la BCE avait fait comme la Fed, comme la BoE, comme la Riksbank, comme la BNS, et depuis peu comme la BoJ.

Mais la BCE estime manifestement que toutes ces valeurs matérialistes sont surannées et que la décroissance seule nous permettra de remplir nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre. C’est pourquoi elle agite en permanence des concepts foireux comme « aléa moral » ou comme « danger de bulle spéculative » (comme si le CAC 40 était à 6000 points ! Comme si l’immobilier espagnol n’était pas en chute libre !).

5 L’objectif d’une inflation proche de 2% par an n’est plus respecté depuis des années. En zone euro l’inflation officielle est désormais à 1,2% en glissement annuel. L’inflation officieuse (dite « core » et retraitée d’un certain nombre de facteurs temporaires et de la TVA en Espagne) est plus basse encore, et je ne parle même pas des biais de mesure. Quant à l’inflation véritable (qui tiendrait compte du prix des actifs), on ne la connait pas mais elle rode autour de 0% par an en moyenne depuis mi-2008 (c’est-à-dire qu’elle est franchement négative dans un bon tiers de la zone). C’est l’agrégat monétaire M3 qui nous le dit. C’est l’élévation du chômage qui nous le dit (faire passer l’inflation réalisée en dessous des anticipations d’inflation occasionne des pertes d’emplois dans un contexte de rigidité à la baisse des salaires). C’est le niveau des taux nominaux qui nous le dit (pour trouver autant d’acheteurs que de vendeurs de Bund 10 ans à 1,2%, il faut que l’inflation soit morte).

La BCE est donc sortie de son mandat, depuis 2008 elle n’aurait pas agi autrement si elle avait visé une inflation à 0% plutôt qu’à 2%. Vous comprenez maintenant pourquoi le désendettement s’annonce pénible et long, pourquoi la courbe du chômage ne s’infléchira pas à coup de contrats de génération avant plus d’une génération, et pourquoi je prévois depuis longtemps la baisse des taux OAT 10 ans en dépit de la gestion calamiteuse de notre pays par la droite et la gauche.

Je ne vais pas arriver aujourd’hui à faire 20 points sur le sujet comme zero hedge, et pourtant 50 me viennent à l’esprit. Les preuves de dépression abondent en zone euro, et il y a un scandale de gouvernance monétaire tous les jours. C’est ce qui arrive toujours avec les politiques de grève de la faim monétaire, à toutes les époques, sur tous les continents : la debt-deflation, les diversions médiatiques pour ne pas trop y penser, les coups d’État. Les Japonais ont mis 25 ans à comprendre et à mettre en œuvre le changement à partir d’octobre 2012 : domestication du banquier central par un changement du casting, objectif d’inflation à 2% par un doublement de la base monétaire (ce ne sera peut-être pas suffisant mais mieux vaut tard que jamais).

Ce sera plus délicat en zone euro avec 18 gouvernements qui ont des préférences différentes face à une banque centrale sanctuarisée par le Traité, défendue dans son indépendance par l’opinion allemande et par le manque de culture économique de l’opinion française, dopée de moyens de rétorsion gigantesques et animée par un esprit « Bundesbank ». Ce sera très dur, très long, très incertain, sans par ailleurs que nous ayons les marges dont le Japon disposait en tout début de période, ni son homogénéité. Il n’est pas encore trop tard pour agir, mais ça sent la « fin de partie » et l’atmosphère inimitable des cimetières d’aristocraties dont parlait Vilfredo Pareto.

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/peut-on-se-fier-ces-20-signes-qui-montreraient-que-prochaine-grande-depression-est-deja-en-europe-mathieu-mucherie-715177.html?page=0,0

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