La magistrale leçon d’économie de George Soros à Angela Merkel

« L’Allemagne a le choix entre les euro-bonds et quitter la zone euro », c’est par ces mots que le milliardaire George Soros s’est invité dans la campagne électorale allemande lors d’une sévère leçon d’économie à l’adresse de l’Allemagne d’Angela Merkel, la favorite de l’opinion publique. Revue du discours prononcé à Francfort devant un parterre d’acteurs économiques et financiers allemands.

 

C’est un pavé dans la marre qu’est venu jeter mardi soir le milliardaire George Soros lors d’un discours fleuve au Centre d’études financières de Francfort en Allemagne. Selon lui, le problème de la zone euro vient du manque de leadership de l’Allemagne qui doit choisir, selon lui, entre accepter les euro-bonds et quitter la zone euro. Un point de vue détonnant pour des oreilles allemandes peu habituées à recevoir des leçons d’économie sur leurs terres, qui plus est par un Américain. Le moment n’est pas anodin, alors que les élections fédérales auront lieu en septembre et que l’opposant social démocrate à Angela Merkel, Peer Steinbrück, s’était dit favorable en août à la mise en place des euro-bonds. George Soros espère de la sorte peser sur les débats électoraux allemands. Le financier reconverti dans la philanthropie se défend de vouloir « faire le procès de l’Allemagne ». Selon lui, elle seule « est en capacité de régler la situation ».

L’union monétaire incomplète à l’origine de tous les maux

 

Pour George Soros, les origines de la crise sont à rechercher dans l’Histoire et dans l’incomplétude du Traité de Maastricht. « Les architectes de l’euro reconnaissaient qu’il y avait là une construction incomplète : une union monétaire sans union politique », explique-t-il. S’ajoute à cela la création d’une banque centrale indépendante qui a fait s’endetter les États dans une monnaie qu’ils ne contrôlaient pas, les exposant ainsi au risque de défaut. Car, rappelle George Soros, la maîtrise de la création monétaire par un État est ce qui rend son défaut impossible.

 

Jusqu’en 2007, les marchés financiers n’en avaient pas conscience et les obligations étatiques étaient considérées comme égales et sans risque. Les différentiels de taux entre les États avaient pratiquement disparu, dopant les achats d’obligations des États les plus « faibles » par les banques commerciales.

 

Il a fallu attendre 2009 et la révélation de l’ampleur du déficit grec pour que les marchés financiers se rendent compte des malfaçons de l’euro. « Les marchés ont ainsi, par vengeance, rehaussé les primes de risque à l’égard des États les plus fragiles. Ceci a rendu potentiellement insolvables les banques commerciales dont les bilans étaient remplis de telles obligations (ndlr, celles des États dits périphériques) et engendra à la fois une crise de la dette souveraine et une crise bancaire, » explique George Soros. Le risque de défaut qui s’est mis à planer sur les pays emprunteurs périphériques les a relégués au même rang que les pays du Tiers Monde sur les marchés financiers.

 

L’échec de la méthode allemande reposant sur la « Schuld »

 

Selon lui, la principale erreur de l’Allemagne réside dans sa manière d’appréhender cette crise. Comme le Fonds monétaire international (FMI) lors de la crise bancaire internationale de 1982, l’Allemagne identifie des États non vertueux « responsables ». « Les États périphériques se voient reprocher leur manque de discipline budgétaire et d’éthique du travail, mais cela ne suffit pas. Il est certes nécessaire que les États de la périphérie procèdent à des réformes structurelles, comme le fit l’Allemagne après sa réunification. Pour autant, ignorer que l’euro lui-même présente des problèmes structurels qui doivent être corrigés revient à ignorer la cause profonde de la crise de l’euro », explique le milliardaire.

 

Ainsi ne faut-il pas y voir un discours contre les réformes structurelles demandées à un pays comme la Grèce. Ce qu’il dénonce est le fait de ne voir la résolution de la crise de la zone euro que par le seul prisme de l’austérité budgétaire. Pour George Soros, le fait que le terme allemand Schuld signifie à la fois dette, responsabilité et culpabilité, n’est pas anodin. « Son utilisation a rendu naturel pour l’opinion publique allemande le fait d’accuser les États lourdement endettés de leur propre infortune. Le fait que la Grèce ait manifestement violé les règles a contribué à cet état d’esprit. Or, (…) il fut un temps où l’Espagne était présentée comme un modèle de vertu », rappelle l’ancien financier.

 

Considérant les États en difficulté comme coupables et ne voulant pas, de manière « compréhensible » selon George Soros, être la tirelire de l’Europe, l’Allemagne se contente de rustines juste suffisantes pour éviter un éclatement de la zone euro. Le reste des efforts reposant sur les épaules des pays du sud par des politiques d’austérité. Ce qui, du fait des multiplicateurs keynesiens, ne fonctionne pas. En clair, cette théorie des multiplicateurs affirme que les effets de l’austérité sont dévastateurs pour les finances publiques, comme l’avait reconnu en octobre le FMI, car en réduisant l’activité économique, elle réduit par la même les rentrées fiscales. Et ainsi de suite…

 

Construire une union fédérale…

 

Pour l’heure, l’Allemagne est encore à l’abri de la dépression qui touche la zone euro car elle reste compétitive à l’international. « Je pense cependant que d’ici les élections, (elle) sera elle aussi entrée en récession, et cela dans la mesure où la politique monétaire menée par la zone euro est en total décalage avec celles des principales autres monnaies. Les acteurs extérieurs procèdent à un assouplissement quantitatif. (…) L’existence d’un yen plus faible, associé à la fébrilité de l’Europe, est vouée à affecter les exportations de l’Allemagne », prédit George Soros. Si ces prédictions se réalisent, la zone euro pedra son principal moteur économique. En février 2013, les exportations allemandes ont reculé en un mois de 2,8 %.

 

Ainsi l’Allemagne doit-elle prendre ses responsabilités, qu’elle s’est refusée à prendre jusque là, pour sortir l’Union monétaire du marasme. George Soros voit dans les euro-bonds la meilleure des solutions à une sortie de crise. « S’il était possible aux États qui se conforment au Pacte budgétaire de convertir l’intégralité de leur stock existant de dette étatique en euro-bonds (…). Le risque de défaut disparaîtrait (…). Les bilans des banques bénéficieraient d’un coup de fouet immédiat, de même que les budgets des États lourdement endettés, dans la mesure où le coût de l’amortissement de leurs stocks de dette étatique existants s’en trouverait réduit », prévoit l’ancien financier.

 

Quant à l’argument selon lequel une fois les euro-bonds introduits, il n’existerait aucune garantie qu’un État n’enfreigne les règles, il est balayé d’un revers de la main. « Dans ce cas, il serait pénalisé en voyant réduite la quantité d’euro-bonds qu’il lui serait permis d’émettre », le solde devant alors être emprunté par l’État en son nom propre à un coût élevé. « Aucun gouvernement ne pourrait résister à une telle pression », explique l’ancien financier. Ce qui reviendrait de fait pour un État à concéder un peu plus de souveraineté à une autorité de contrôle des budgets stricte. Ce que défend en fait l’américain, qui donne d’ailleurs comme exemple la construction des États-Unis d’Amérique, c’est tout simplement l’idée d’une Europe fédérale reposant sur une union monétaire, une union bancaire et une union politique.

 

… ou sortir de la zone euro, l’Allemagne doit choisir

 

L’alternative au choix d’une Europe fédérale a quant à elle de quoi surprendre les Allemands. Selon George Soros, si elle ne veut pas des euro-bonds, l’Allemagne doit tout bonnement sortir de la zone euro. Ce point de vue, défendu par un certain nombre d’économistes, repose sur l’idée selon laquelle sans l’Allemagne, l’euro se déprécierait de lui même, faisant regagner les économies en difficulté en compétitivité, sans pour autant que leur dette libellée en euros ne devienne insoutenable, comme ce serait le cas si l’Italie ou l’Espagne quittaient l’Union monétaire. « En cas de départ de l’Italie, la charge de la dette du pays libellée en euro deviendrait écrasante, et il serait nécessaire de procéder à une restructuration. Ceci plongerait le reste de l’Europe, ainsi que le reste du monde, dans un effondrement financier, qui pourrait bien dépasser la capacité des autorités monétaires à le contenir », argumente George Soros.

 

Faute de choix, le risque est que la situation négative ne perdure dans le sud de l’Europe et que la croissance allemande ne s’essouffle effectivement. Ce qui ferait s’élever la facture à des montants de plus en plus élevés pour tout le monde, dont l’Allemagne, qui serait alors de moins en moins en mesure de jouer à la fois les moteurs économiques et les garants de l’union monétaire.

 

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130410trib000758603/la-magistrale-lecon-d-economie-de-george-soros-a-angela-merkel.html

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