La fin du monde ? Non, la fin d’un monde (Thierry Denoël )

 

Les signes ne trompent pas. Ils sont tellement nombreux et convergents.

Nous sommes arrivés au bout d’un chemin.

Depuis 2008, la crise économique attise cette sensation d’achèvement. Au point que les cassandres évoquent la chute de l’Empire romain.

Dans son dernier livre (1), l’économiste Daniel Cohen rappelle comment, au 3e siècle, les élites romaines avaient abandonné les classes moyennes et populaires à leur sort, sans craindre d’exhiber leur richesse, brisant le modèle de parité, suscitant un déchainement de compétition.

On célébrait alors les hommes influents et non plus les dieux.

Il y eut un regain de superstition.

Dix-sept siècles plus tard, les similitudes ne manquent pas.

« Are we Rome ? », s’interrogeait le Financial Times en 2007.

Non sans raison. Les inégalités se creusent : 40 % des richesses mondiales sont confisquées par 1 % de la population. Les industries sont à bout de souffle, le travail se raréfie.

L’exode industriel ne pourra être résorbé par le secteur tertiaire, moins propice à la croissance.

La révolution numérique est bien moins prometteuse que les deux précédentes, celles de la machine à vapeur et de l’électricité.

Ses effets sur l’économie sont déjà presque épuisés.

Internet peine à trouver un modèle rentable, le secteur de la presse et celui de la musique en savent quelque chose.

Sous la pression des marchés, l’Union européenne s’est enfermée dans une logique infernale : réduire les déficits publics au risque d’étouffer la croissance.

Sans pouvoir intervenir, la Banque centrale (BCE) regarde sombrer les mauvais élèves auxquels les agences de notation décernent des bonnets d’âne.

Le taux de chômage en Grèce et en Espagne a flambé au-delà de 25 %.

A Athènes, berceau de la démocratie, le parti nazi Aube Dorée a investi le parlement, en mai dernier, avec un discours haineux inouï.

Inerte, prisonnière de son passé, l’Europe vieillit mal.

Le banquier du monde n’est plus un pays démocratique, les États-Unis, mais une oligarchie gangrénée par la corruption, la Chine, dont le poids économique correspond désormais au poids démographique.

Le rêve américain vire au cauchemar. Face à la montée des pays émergents, l’Occident a perdu le monopole de la modernité.

La chute du communisme n’a pas marqué la fin de l’histoire mais son accélération.

Engluée dans son matérialisme, la civilisation occidentale manque de vitalité pour affronter les défis d’un monde désormais global et unifié.

Thierry Denoël

Source —————-> http://www.levif.be/info/levif-blog/le-midi-du-vif/la-fin-du-monde-non-la-fin-d-un-monde/opinie-4000224643816.htm

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