Crise : notre bien-être sera plus cher

A New York, leurs bureaux sont situés dans les étages supérieurs de Manhattan. Ils sont grands, diplômés de Harvard et audacieux. Leurs regards sont carnassiers. Ils adoptent des postures de capitaines traversant les grandes houles. La cartographie de leurs investissements est planétaire. L’argent n’est plus qu’une expression numérique. Pour ces banquiers d’affaires et dirigeants de hedge funds, la planète est un immense stratego.
A Londres, ils entretiennent le charme désuet de la City. Logés dans des maisons de maître, ils scrutent les moindres virgules des comptes des entreprises. Leurs analyses traversent les bilans pour sonder le caractère des hommes qui dirigent les sociétés dont ils sont actionnaires. Leur détachement est complet. Pour certains, la faillite de plusieurs Etats européens est froidement inévitable.
A Athènes et Dublin, les populations sont tétanisées et désabusées. En quelques mois, tout s’est écroulé. Leurs pays sont sous la coupe d’institutions monétaires étrangères. Les économies européennes sont désormais les otages des pourvoyeurs de capitaux étrangers. Le capitalisme est cruel et cynique. Il glace et est révulsant d’injustice car l’humain est relégué au rôle de variable d’ajustement.
Que s’est-il passé ? Où sont les jours heureux des conjonctures prometteuses et des lendemains qui chantent ? Et puis, à qui la faute ? Probablement plus à leurs gouvernants européens qu’aux banquiers d’affaires. En période d’euphorie conjoncturelle, de nombreux pays ont mis leur croissance et leur démographie futures en gage des transferts sociaux. Pour financer cet à-valoir sur l’avenir, ils ont fait appel à des banquiers et à des fonds souverains étrangers.
Gigantesque déséquilibre générationnel
Entre les années 1970 et 1990, la politique budgétaire a été charpentée sous le postulat d’une croissance qui autorisait l’endettement et le report de la charge fiscale sur les générations suivantes. Malheureusement, les courbes de natalité se sont disloquées et la croissance s’est érodée. Il en découle donc un gigantesque déséquilibre générationnel : les classes âgées de la population ont collectivement bénéficié d’un endettement public dont le remboursement par les filiations suivantes n’est pas assuré. Les déficits budgétaires et l’endettement public ont emprunté la croissance des prochaines générations.
Aujourd’hui, l’étau se resserre sur les pays en déséquilibre. Les prêteurs complaisants sont devenus des créanciers exigeants. L’hypothèque générationnelle est exercée par des banquiers étrangers et les jeunesses sont confrontées à leurs propres aînés. Les banquiers révèlent, plutôt qu’ils ne créent des crises sociales. En fait, les banques d’affaires confrontent aujourd’hui les gouvernements européens à la finitude de leurs modèles de répartition sociale. Ils posent l’équation fiscale qui se structure désormais dans la dépendance des capitaux étrangers.
Le remboursement de cette dette sera prélevé au prix d’un risque de tensions sociales, dès lors que la vague du coût du vieillissement va submerger les finances publiques. Or rien ne dit que les générations suivantes voudront, ou même pourront, payer nos dettes.
Pendant des décennies, certains pays se sont acheté des années d’immobilisme, en demandant crédit aux futurs actifs. Or c’est malsain, parce qu’aucun plan de prospérité ne leur a été préparé et que la démographie est déclinante. En réalité, il y a un risque, à savoir que ce soit l’inverse de ce qui est espéré qui se passe : les nouvelles générations ne voudront pas servir de variable d’ajustement aux pensions de celles qui les ont précédées.
Si les crises financières présentent un seul aspect positif, c’est probablement celui de forcer à réfléchir au modèle économique et à la «destruction créatrice»énoncée par Schumpeter. Cette réflexion est indispensable parce que les crises déplacent les richesses et les dettes entre agents économiques. La démarche devra, cette fois, être plus rigoureuse qu’un espoir passif de rétablissement conjoncturel.

Le profond message de la crise financière et économique, c’est sans doute celui du questionnement de la prospérité des futures générations, dont les aînés ont emprunté la croissance. La récession nous immerge dans l’économie de marché. Cette dernière disciplinera nos gouvernants. Et finalement, le manifestant grec et le banquier anglo-saxon convoient le même message : la confrontation avec 30 années de déséquilibres budgétaires. Si les taux d’intérêt augmentent, c’est parce que le confort de l’avenir coûte plus cher.

Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l’UCL, membre de l’Académie royale de Belgique, publiées dans Trends-Tendances.

http://trends.rnews.be/fr/economie/opinion/chronique-tendances/crise-notre-bien-etre-sera-plus-cher/opinie-1195002624634.htm

Publicités

4 réflexions sur “Crise : notre bien-être sera plus cher

  1. Encore et toujours cette génération sacrifiée pour le bien-être des octogénaires qui se bronzent la pilule, sans même aider leur enfants ou petits enfants. Qu’attendent les politiciens pour activer un plan de récupération par le haut au lieu de s’attaquer aux plus faibles et aux plus démunis?

  2. Bonjour

    Un peu déçu par cette analyse. Car pas un seul mot sur l’origine de la dette (loi Pompidou Rotchild, article 104 de Maastricht, puis article 123 du traité de Lisbonne).

  3. Foutaises que tout cela ….l’objet de cet écrit est de faire porter la responsabilité de la dette publique aux plus humbles tout en provoquant une division inter-générationnelle.

    Or, l’auteur ne cite pas l’art 104 du traité de Maastricht qui est désormais l’art 123 du traité de Lisbonne, dont on trouve la genèse pour la France dans la loi de 1973. Cette loi a interdit à la banque de France de créer sa monnaie sans intérêt. On augmente depuis cette date la masse monétaire par le biais d’obligations privées payés aux banques, assurances et possédants avec intérêt.

    Selon l’INSEE depuis 73, ce sont plus de 1400 Md€ d’intérêts qui ont été versés aux banques et aux possédants, un montant quasi équivalent à celui de la dette publique française..La Belgique ne déroge pas à la règle puisqu’elle est soumise à l’art 123 du traité de Lisbonne. Un traité rejeté par trois peuples souverains d’Europe faut-il le rappeler !

    Ce professeur à la Vlerick Management School et à l’UCL, membre de l’Académie royale de Belgique semble ignorer cette réalité dans le royaume ?
    Ou plus exactement ne se livre-t-il pas plutôt à un exercice de mystification et de culpabilisation que votre blog relaye servilement ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s