­Un retour à l’étalon or est inéluctable (selon Philippe Simonnot) .

Interview Challenges.fr Nicolas Sarkozy donne le coup d’envoi effectif de la présidence française du G20 lundi. Parmi ses priorités: la réforme du système monétaire international. Spécialiste du sujet, Philippe Simonnot préconise lui de suspendre le cours légal de l’euro pour en finir avec l’instabilité actuelle.

Philippe Simonnot est l’auteur de « Le jour où la France sortira de l’euro » (Ed. Michalon, 2010). Spécialiste des problèmes monétaires, il dirige l’Atelier de l’économie contemporaine et le Séminaire monétaire de l’Institut Turgot.

 

Nicolas Sarkozy donne le coup d’envoi effectif de la présidence française du G20 lundi 24 janvier. Parmi ses priorités: la réforme du système monétaire international, qui est sur toutes les bouches depuis quelques mois. Pourquoi ?

– Le système monétaire international a connu une rupture historique le 15 août 1971 quand Richard Nixon [alors président des Etats-Unis, ndlr] a rompu le dernier lien qui existait entre l’or et le dollar, et donc entre l’or et les autres monnaies. Depuis, c’est le chaos monétaire.
Or, depuis 2008, nous n’assistons pas tant à une crise du marché, comme on l’entend souvent, qu’à une crise de la régulation, et notamment monétaire, puisque les banques centrales insinuent un « moral hazard » ou aléa moral. En effet, chacun prend des risques qu’il ne prendrait pas si les banques centrales n’existaient pas, c’est-à-dire s’il n’y avait pas de prêteur en dernier ressort. Du coup, certains investissements ne sont pas justifiés. C’est ce qu’on appelle des bulles. Trop de monnaie est imprimée et va se réfugier sur des actifs devenus spéculatifs (même s’ils ne le sont pas par nature) comme l’immobilier, le pétrole, l’or…
Et la crise de l’euro s’inscrit dans cette crise monétaire. La spécificité de l’euro, son vice congénital en fait, c’est qu’il est bancal. Il repose bien sur un pilier monétaire, mais pas sur un pilier économique. Pourtant, pour qu’une zone monétaire fonctionne, il faut que la main-d’œuvre circule librement -or il y a en Europe des obstacles linguistiques, géographiques… à cette libre-circulation- et il faut également une force de frappe budgétaire importante -or la nôtre est sans commune mesure avec celle des Etats-Unis.

Pour autant, parler d’un retour à l’étalon-or, n’est-ce pas un serpent de mer ? D’autant que ledit système date d’il y a 40 ans…

– Ce sujet est un serpent de mer, certes. Mais ce qui est nouveau, c’est que jusque-là l’or était tabou.
Un retour à l’or est inéluctable en ce qu’il disciplinera les banques centrales, lesquelles ne pourront plus fabriquer plus de monnaie qu’elles n’ont d’or. Alors que, pour l’instant, elles détiennent le monopole de l’émission de la monnaie de base et en créent donc autant qu’elles veulent.
Le pourcentage de variation des taux de change entre les principales devises, à savoir le mark, la livre sterling, le franc et le dollar, a été de plus ou moins 1% au 19e siècle. Depuis Nixon, nous sommes autour de 15%! Sans parler de l’or qui valait 35 dollars l’once en 1971, selon la parité établie par Roosevelt en 1934, et qui est aujourd’hui à près de 1.400 dollars l’once.
Ce régime d’instabilité est responsable de maux tels la spéculation ou la sophistication des produits financiers pour se couvrir contre les risques.

Comment réduire alors les déséquilibres mondiaux et éviter une guerre des monnaies ?

– Je préconise d’abord la suspension du cours légal de l’euro. Concrètement, le boulanger peut ainsi refuser la monnaie que vous lui présentez pour lui préférer une autre. On rétablit ainsi la concurrence entre les monnaies.
Puis il faut supprimer la fiscalité spécifique sur toute transaction en or, qui dissuade les citoyens d’utiliser autre chose que du papier étatique.
Troisièmement, on établit la liberté de conclure des contrats libellés en or.
Enfin, il s’agit de faire un pas de plus en établissant la liberté de frapper des monnaies-or dans les ateliers existants.
L’avantage de ce système, c’est qu’il peut être mis en place dans un petit pays avant de se répandre à l’ensemble de la planète. La bonne monnaie chassant la mauvaise, en l’absence de cours légal.
Tout cela est la meilleure réponse à la crise actuelle. Notez d’ailleurs que la femme de Ben Ali ne se s’est pas enfuie avec des dinars tunisiens mais avec 1,5 tonne d’or…

 

Propos recueillis par Flore de Bodman, journaliste à Challenges.fr, mercredi 19 janvier 2011.

http://www.challenges.fr/actualites/20110120.CHA2392/

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2 réflexions sur “­Un retour à l’étalon or est inéluctable (selon Philippe Simonnot) .

  1. Bonjour,

    Pour ce qui est des 1,5 tonnes d’or prétendument retirées de la Banque centrale tunisienne par Ben Ali et sa femme, il s’agirait d’une rumeur colportée par une presse se contentant des dépêches d’agences de presse plutôt que de se fier à des (ses) journalistes d’investigations.

    Le président de la Banque centrale tunisienne a démenti cette rumeur et la différence qui aurait été constatée dans les coffres proviendrait du fait qu’une partie de cet or est stocké à Londres…

    Eric

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