La Chine va vous faire payer son inflation (Cécile Chevré)

Avec cette histoire de taux, les nouveaux pays pauvres et les nouveaux pays riches sont tel un vieux couple dans le même lit.

Si l’un tire un peu trop la couverture, l’autre se retrouve dépourvu et les pieds exposés aux courants d’air.

On imagine déjà les disputes et les vieilles rengaines qui peuvent s’en suivre.

La scène économique est occupée par ces scènes de ménages mais celle qui fait le plus de bruit actuellement est le conflit qui oppose les Etats-Unis à la Chine.

Et vous pourriez en être les victimes.

 

Effet richesse vs effet pauvreté


Avec son quantitative easing 2, la Fed cherche ouvertement à stimuler à la hausse les marchés actions.

Pourquoi ? A cause du fameux « effet richesse ».

Selon les principes de ce fameux effet, plus le prix des actions grimpent, plus les investisseurs se sentent riches, et plus ils sont incités à consommer.

L’effet richesse le plus connu est celui lié à l’immobilier : le prix de votre appartement prend 30% en quelques années – alors que votre salaire n’a grappillé que quelques pourcentages supplémentaires.

Vous avez alors l’impression d’être à la tête d’une imposante fortune et vous dépensez à tout va, encouragé par un illusoire sentiment d’aisance.

Illusoire car il suffit d’observer les effets ravageurs de « l’effet richesse » quand les prix de l’immobilier s’effondrent brutalement, comme aux Etats-Unis en 2008.

Bref, l’effet richesse est à prendre avec des pincettes.

 

L’inflation : le mal du siècle des BRIC ?


Alors que la Fed se vautre dans l’assouplissement monétaire et la politique de taux zéro, de l’autre côté de la planète, l’Asie pratique une politique inverse – et resserre ses taux.

Hier, la Corée du Sud a augmenté ses taux, pour la deuxième fois cette année.

Il faut dire que l’indice des prix à la consommation coréen a atteint un plus-haut de 20 mois à 4,1%, bien au-delà des 2% à 4% souhaités par la Banque de Corée.

Il y a quelques jours, c’était la Chine qui relevait ses taux.

Et l’Inde a fait la même chose le 2 novembre dernier.

L’Asie n’est d’ailleurs pas la seule.

L’Australie – dont la reprise économique a été largement alimentée par ses liens commerciaux privilégiés avec la Chine – a, elle aussi, et une nouvelle fois, remonté ses taux début novembre.

Son principal taux directeur est maintenant fixé à 4,75%.

Loin, très loin des presque zéro de la Fed ou de la Banque d’Angleterre.

Le point commun de tous ces pays ? Ils ont clairement sorti la tête de l’eau… et sont confrontés aux corollaires d’une bonne santé économique retrouvée.

Premièrement, ils voient affluer des masses de liquidités qui favorisent la naissance de nouvelles bulles.

Deuxièmement, l’inflation devient progressivement une leurs préoccupations majeures.

D’où cette politique de hausse des taux.

 

Inflation importée


Mais revenons à notre bon vieux Occident. Pas réellement d’inflation chez nous, n’est-ce pas ? Pensez-vous !

Pendant longtemps, les pays émergents ont exporté de la déflation dans le monde entier.

Comment ? En inondant les consommateurs de produits de moins en moins chers.

Et aujourd’hui ? Il se passe exactement ce que nous avions prévu : de l’inflation importée via les matières premières. « Les vêtements en coton vont devenir plus chers », nous apprend l’Express.fr. « Gap, Wal-Mart, le prix des vêtements est en hausse à cause des ‘terrifiants’ cours du coton », titre Bloomberg, qui nous apprend aussi que les détaillants américains vont devoir acheter environ 30% plus cher les vêtements à leurs fabricants chinois. Une hausse qui risque d’être répercutée sur le prix final, celui auquel le consommateur achète.

En cause, l’impressionnante hausse des cours du coton, mais pas seulement, comme l’explique à Bloomberg Jessica Lo, du China Market Research Group : « Les consommateurs américains vont devoir s’habituer à une hausse des prix dans les rayons de Wal-Mart et des autres détaillants.

Les fabricants de vêtements chinois subissent une pression sur les prix, non seulement à cause de la hausse du cours du coton mais aussi à cause de la flambée de l’immobilier et de la hausse des coûts salariaux ».

 

Une hausse qui ne profite à personne


Le problème de cette hausse des prix due à l’inflation importée, c’est qu’elle ne profite à personne ou presque – c’est-à-dire, à part aux spéculateurs.

Si la hausse des coûts est répercutée sur le prix final, alors le consommateur achètera moins.

Si les entreprises décident d’absorber les coûts, leurs bénéfices en seront réduits d’autant.

Cette solution risque en outre de mettre en péril certaines sociétés.

Dernière solution, les entreprises décident de compenser la hausse des matières premières en réduisant les coûts, c’est-à-dire – car c’est souvent la solution la plus facile dans une gestion à courte vue – en réduisant la masse salariale.

Ce qui entraîne une augmentation du chômage et donc une baisse de la consommation.

Une situation qui sera intenable quelle que soit la solution choisie.

 

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?


La pression exercée par l’inflation importée va aller en s’accentuant.

En parallèle, la situation économique en Europe ne laisse pas présager d’un grand mouvement de hausse des salaires dans les années qui viennent.

Les mesures de rigueur et les presque inévitables hausses d’impôts vont au contraire affaiblir le pouvoir d’achat des consommateurs.

Bref, c’est la stagflation qui nous attend.

 

http://www.moneyweek.fr/20101142560/conseils/economies/chine-inflation-fed-bric/

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Une réflexion sur “La Chine va vous faire payer son inflation (Cécile Chevré)

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